Archive for October 7th, 2007

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300

Posted in totalement rate on October 7th, 2007 by herbert

Il y a quelques temps, j’ai visionné par curiosité le film “300″ retraçant la bataille des Thermopyles à la sauce Hollywood. En magasinant chez un distributeur multimédia, j’ai eu la surprise de trouver le DVD au milieu des étagères, alors que sa place serait manifestement à la poubelle.

Rappel historique :

En 480 avant notre ère, Xerxès, maître de l’Empire Perse se lance à la conquête de la Grèce à la tête d’une armée de plus de 250 000 hommes. En route pour Athènes, il est bloqué temporairement par un millier de soldats Grecs (dont 300 Spartiates) dans le défilé des Thermopyles. Les Grecs résistent héroïquement, mais l’armée perse parvient à contourner le défilé et massacre les défenseurs jusqu’au dernier après trois jours de combats.

Bon, si vous regardez le film, autant vous prévenir tout de suite : le réalisateur, qui suit la bande dessinée de Frank Miller, prend “certaines libertés” avec l’histoire.

Tout d’abord, pour rajouter un peu d’intrigue, il annonce que le roi de Sparte part mener la guerre contre l’avis du Sénat, ce qui est évidemment faux. Il invente une d’histoire d’adultère et d’espionnage un peu ridicule pour ménager de petites pauses entre les scènes de boucherie. Ceci n’est pas très grave, bon, on s’en accommode. De même, les Thespiens qui ont péri ont côté des Spartiates sont un peu oubliés. Ils sont habillés un peu en drag-queens, comme Mel Gibson dans Mad Max et ils rentrent chez leurs mères à la première occasion. Forcément, s’ils étaient restés, il aurait fallu rebaptiser le film “1000″ au lieu de “300″ et en plus, les Thespiens, c’est moins viril que les Spartiates.

C’est là que l’on touche au côté extrêmement nauséabond du film, le culte de la violence et du corps doublé d’un discours de propagande lourdingue à côté duquel les films russes de la guerre froide ont l’air de chefs-d’œuvre consensuels. Les deux civilisations sont systématiquement comparées et opposées. Les Perses sont présentés de façon monstrueuse, une multitude lâche, asservie par un Empire tyrannique. Les Spartiates, torses-nus, parfaits et bodybuildés se battent pour la liberté. L’Empire Perse incarne l’esclavage, qui semble totalement étranger aux Spartiates, baptisés eux même les Homoioi (Égaux), au détail près que les quelques milliers Homoioi dépendaient de plusieurs dizaines de milliers de Périèques, non citoyens, et de 150 à 200 000 Hilotes, c’est à dire des serfs. Dans la même dérision, Xerxès est dépeint comme un homosexuel gothique avec des piercing plein le visage, ce qui ne manque pas de sel quand on sait que la pédérastie était omniprésente dans toute la Grèce. Ce qui est notable ici, c’est que les méchants sont homosexuels. L’Iran par la voix de son petit dictateur à moitié fou a vigoureusement critiqué ce film, considéré comme une insulte à l’histoire iranienne et sa civilisation. Sur ce point, je suis assez d’accord avec eux. D’ailleurs, cette condamnation a aussi était le fait de nombreux intellectuels en Iran et aux États-Unis. De l’autre côté de l’atlantique, certains journalistes et critiques de cinéma n’ont pas hésité à qualifier ce film de propagande fasciste. La ressemblance en ces corps parfaits et musculeux avec les statues de l’époque stalinienne et nazie est troublante, comme la mise en exergue des vertus guerrières, le courage et le sacrifice n’aurait pas été renié par les chemises noires italiennes et les Hitlerjugend.

Le sommet du révisionnisme et de la caricature est atteint dans la dernière phrase du film. Le porte-parole de feu Léonidas harangue l’armée grecque réunie dans la plaine de Platées face à l’armée perse : “Les Dieux sont avec les Grecs. Aujourd’hui, nous allons délivrer le monde du mysticisme et de la tyrannie et entrer dans une ère de lumières dont on arrive à peine à imaginer les promesses !”

On dirait le discours simpliste de George W. Bush devant ses soldats. Quelle harangue plus grotesque et débordante de bêtise a-t-elle jamais été imaginée par un scénariste ? Un Grec, condamnant le mysticisme oriental… Alors qu’il lisait l’avenir dans les vols d’oiseaux, consultait les oracles tous les trois quatre matins et priait de petites statues dans son salon ! (Remarquez, je ne critique pas. Moi-même je me suis converti au catholicisme et j’ai caché des statuettes de Giscard sous mon lino.) Mieux, un Spartiate parler de l’avènement d’une “ère de lumières dont on a peine à imaginer les promesses.” Sparte… qui a eu un seul poète dans toute son histoire, dont les citoyens étaient les plus rustres et incultes de toute la Grèce. Au Ve siècle, ils mangeaient dans des poteries grossières, ils étaient mal habillés, ils n’allaient pas au théâtre et mangeaient un brouet qui faisaient frémir d’horreur leurs voisins. Les Perses de leur côté incarnaient une civilisation extrêmement brillante et ancienne qui reposaient sur de subtils équilibres entre des centaines de peuples. L’Empereur payait ses soldats de façon équitable quelle que soit leur origine. Ses villes étaient prospères et l’exercice de la justice était tempéré, contrairement aux idées reçues.

Vous me direz comment est-on arrivé à un tel travestissement de la réalité ?

Je ne vois que deux possibilités :

1) L’inculture crasse de Frank Miller et Zack Snyder.

2) Une œuvre de commande pour l’aile droite du parti républicain dans le cadre de la guerre des civilisations et des tensions avec l’Iran. À vous de choisir.

Si vous voulez voire un film sur la bataille des thérmopyles, il existe un peplum de 1962 réalisé par Rudolph Maté. La bataille est moins spectaculaire mais c’est infiniment plus intéressant